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Les royautés de l’Imerina

Les rois de l'IMERINA vont unifier le pays et installer la ville d'ANTANANARIVO comme étant la capitale de leur Royaume. Le premier roi connu est « Ralambo » (1575 – 1610) mais c’est avec Ramboasalama, qui est devenu plus tard le Roi Andrianampoinimerina que l’unification de l’île a commencé : "Ny ranomasina no valamparihiko" (littéralement :la mer est la limite de ma rizière, ce qui signifie : "la mer est ma frontière") (Déclaration d’Andrianampoinimerina)

 

 

ANDRIANAMPOINIMERINA (1787-1810)

Andrianampoinimerina (Prince désiré par l'Imerina), va réunifier le royaume. Intronisé roi d'Ambohimanga en 1787, il devient, après trois campagnes successives, maître d'Antananarivo, en 1794. Il institue les "12 collines sacrées de l'Imerina" en plaçant chacune d'elles sous l'autorité de l'une de ses épouses. Suite à ses conquêtes dans l'ensemble du pays, il va relancer le développement urbain de la ville d'Antananarivo en faisant sa capitale et entreprend pour la capitale une série de travaux. Grand administrateur, il crée des lois régissant et organisant le cadre de la vie quotidienne de ses sujets (justice, réglementation des marchés et du commerce, construction des digues, …).

 

RADAMA Ier (1810-1828)

Un an après la mort de son père Andrianampoinimerina, Radama Ier se fait introniser roi à Andohalo. Sous son règne, Antananarivo est déclaré définitivement la capitale de Madagascar, faisant d'AMBOHIMANGA une simple cité sacrée. Peu de documents existent de cette période, mais un événement va changer la configuration de la société Merina et la physionomie de la ville : le souverain va en effet lever la loi instaurée par son père interdisant l'accès à l'Imerina aux étrangers. A partir de ce moment, de nombreux missionnaires européens vont alors venir s'installer dans la capitale apportant avec eux leur technique, leur culture et leur religion.

En cette période de domination Merina, Antananarivo connaît un important développement : elle déborde au-delà de l'ancienne enceinte, notamment au nord-ouest, vers Antaninarenina, qui devient un important lieu de commerce grâce au marché d'Anjoma. D'autre part, le quartier de Mahamasina devient le lieu des tanneurs de peaux et Amparibe, celui des forgerons. Mais pour les constructions, le bois manque, et seules les maisons des nantis bénéficient de ce matériau, les autres devant se contenter d'argile rougeâtre. Souhaitant marquer sa puissance, il demande au charpentier Louis Gros de lui construire un palais en bois à Soanierana, situé sur la rive droite du fleuve, faisant de cet édifice en bois (constitué d'un étage et d'une véranda ouverte), le plus important du pays. Premier édifice à varangue (véranda), il influencera largement les constructions futures dans les Hauts Plateaux. Souhaitant faciliter les communications avec la rive gauche de l'Ikopa, il construit à Tanjombato et à Ampitatafika, deux ponts en bois. Il ouvre ainsi la ville sur le sud et le sud-ouest. Pour le développement de l'instruction dans son pays, Radama I a fait appel aux missionnaires anglais de la L.M.S., arrivés en 1820, pour jeter les bases d'une grammaire et d'une orthographe de la langue malgache, favorisant par la suite, le développement des écoles.

RANAVALONA Ière (1828-1861)

Un an après le décès de Radama Ier, Ranavalona Ière est intronisée reine à Andohalo le 12 Août 1829. Elle maintient durant la première partie de son règne la présence des européens et le missionnaire-architecte écossais, James Cameron a pu populariser l'utilisation des briques séchées pour la construction des maisons. Il créa également le prototype de la maison malgache répandue par la suite dans tout l'Imerina avec ses éléments caractéristiques : colonnes de pierre ou de brique soutenant une véranda appelée varangue. L'architecte est également à l'origine du plus ancien plan de la ville, qui fut publié par Ellis en 1838 dans l'ouvrage "History of Madagascar".

Parallèlement, Jean Laborde, autre figure de l'architecture locale développe une cité industrielle à Mantasoa (localité située à environ 60 kilomètres à l'est de la ville) et participe à la construction de nombreux édifices dans la capitale dont, le Rova avec le célèbre Palais de Manjakamiadana. Sous son règne, la ville annexe de nombreux villages tels Isoraka, Faravohitra, Antanimena ou encore Andravoahangy. Des travaux d'assèchement des marais de Mahamasina, sur les bords du lac Anosy, ont permis de créer un vaste champ de manœuvre. En 1835, inquiète d'une trop forte influence européenne, la reine interdit aux malgaches de pratiquer le christianisme puis chasse en 1836 les missionnaires européens hors de son pays. De vastes persécutions seront alors menées contre les chrétiens pendant près de vingt ans, faisant de la reine un personnage sanguinaire. En 1857, un complot contre la Reine, organisé par Jean Laborde, le commerçant Lambert, et l'écrivain-voyageuse Ida Pfeiffer est déjoué, ce qui amène les commanditaires à être expulsés du pays. Mais la Reine meurt isolée en 1861.

RADAMA II (1861-1863)

Son fils, le Prince héritier Rakoto, est intronisé à Mahamasina sous le nom Radama II. Son avènement permet aux missionnaires de revenir au pays grâce à un édit royal autorisant la liberté religieuse et Jean Laborde et James Cameron reviendront également de leur exil. Roi libéral, il supprime corvées et privilèges et autorise aux étrangers d'accéder à Ambohimanga, site jusqu'alors sacré. Cette période de paix permet aux missionnaires de lancer de vastes constructions afin de faire oublier les années noires de la période précédente. Les persécutions de la reine avaient soulevé une vive émotion en Angleterre, ce qui permis à la L.M.S. de collecter des fonds pour la construction d'édifices religieux, notamment les quatre "Memorial Churches " ou temples commémoratifs, une idée lancée par le chef de la Mission, arrivé en 1862, le pasteur Ellis. La première route circulaire, faisant le tour de la colline d'Analamanga est inaugurée sous son règne. Il sera assassiné au Rova, dans un petit pavillon, le 11 mai 1863.

RASOHERINA (1863-1868)

Intronisée Reine à Andohalo, elle poursuit l'action menée par son mari en maintenant l'ouverture du pays sur l'Europe mais rétablit l'interdiction aux étrangers d'accéder à Ambohimanga. Un an après le début de son règne, trois missionnaires anglais, Pool, Sibree et Parret rejoignent Cameron et Laborde en tant que maîtres d'œuvres. Leur influence sera très importante pendant près de vingt ans et le style "anglais" sera ainsi très largement employé, notamment pour les maisons bourgeoises. En 1864, Rainilaiarivony est nommé Premier Ministre par la Reine et prend une envergure politique importante puisqu'il sera de 1864 à 1895, l'époux successif des trois dernières reines de Madagascar. En 1866, les missions catholique, luthérienne et norvégienne s'installent à leur tour, non sans frictions entre ces différentes congrégations mais il en résultera une prolifération d'édifices cultuels, en ville et dans sa périphérie. L'architecture des ces édifices rappelle alors les origines culturelles des différentes congrégations. Peu de grandes dates à retenir sous son règne si ce n'est le 22 janvier 1867 l'inauguration, après trois années de travaux, du Temple d'Ambatonakanga (architecte : SIBREE), premier grand édifice en pierre de la ville. Il faut également signaler l'inauguration au Rova, la même année du Palais de Manampisoa (architectes : Pool et Cameron).

RANAVALONA II (1868-1883)

Le 3 septembre 1868, a lieu le couronnement de la Reine Ranavalona II, cousine de Rasoaherina. Aussitôt au pouvoir, elle déléguera l'essentiel de son pouvoir à son Premier Ministre qui se consacrera alors à la modernisation de l'Etat. L'année de son couronnement, un édit royal lève l'antique loi interdisant les constructions en pierre dans l'enceinte de la vieille ville. Désormais, les nouvelles constructions sont ainsi recouvertes de matériaux non combustibles pour éviter les incendies, et l'usage de la brique et des tuiles se répand pour les maisons et la plupart des grands édifices civils et religieux sont construits en pierre. Les dignitaires du royaume se font construire de superbes édifices avec colonnades, parquets précieux, voire même des cheminées décorées (plus décoratives qu'utilitaires). De son côté, la Reine demande à Cameron, en 1869, de recouvrir le Palais de Manjakamiadana, d'une ossature en pierre. De grands édifices religieux et civils ornent alors la ville, les services publics commencent à se développer, les cases en bois cèdent la place à des constructions en dur, mais les infrastructures urbaines restent inexistantes : ni voirie, ni égouts, ni eau courante. Les ruelles pavées restent rares et le premier tronçon pavé, reliant Andohalo au Palais, ne sera réalisé qu'en 1888 par l'ingénieur anglais Bouts. Quatre chemins importants traversaient alors la ville : Adohalo à Isotry, Andohalo à Faravohitra, Palais de Justice à Ambanidia par la Porte d'Ambavahadimitafo et enfin, Ambatonakanga à Mahamasina. Ces quatre axes n'étaient pavés que grossièrement, mais ils serviront plus tard d'épines dorsales pour le développement du réseau viaire de la ville. D'un point de vue urbain, le règne de Ranavalona II modifiera considérablement le paysage de la ville, faisant apparaître des constructions de plus en plus massives et résistantes. Mais la Reine fera également beaucoup pour asseoir la religion chrétienne dans le pays. Ainsi, en 1869, la Reine et son Premier Ministre reçoivent le baptême protestant. Elle fait construire par l'architecte Pool dans l’enceinte du Rova, un temple. Et parallèlement, un édit proclame l'interdiction du culte des idoles.

RANAVALONA III (1883-1897)

Ranavalona III, cousine de Ranavalona II, est couronnée à Andohalo à l'âge de 22 ans. C'est sous son règne que la présence française devient incontournable, au détriment de l'influence anglaise jusqu'alors prépondérante. A partir de 1885, trois architectes venus de France, Jully, Rigaud et Bouts, construisent de nombreux bâtiments, dont l'imposante Résidence de France, et apportent ainsi dans la ville un style français. Tous les architectes sur place vont désormais s'inspirer de cette influence. Ainsi, la Reine demande à Jully de lui dessiner un nouveau Palais pour le Rova : ce sera le Palais de Masoandro. Les fondations seront construites mais les événements politiques laisseront le bâtiment inachevé. Dès que le protectorat de la France sur Madagascar est signé en 1890, les tensions politiques augmentent entre ces deux pays. Les français bombardent le Rova en 1894 et en 1895, la Reine doit faire face aux menaces de plus en plus insistantes de l'Armée française. Après la perte de la "bataille d'Antananarivo", le 30 décembre 1895, les troupes françaises campent dans la ville. Le 6 août 1896, la colonie de Madagascar est officiellement reconnue par l'Assemblée Nationale française et le 7 septembre, le Général Galliéni arrive à Antananarivo et le 26 septembre, le Résident Général Laroche abolit officiellement l'esclavage sur l'île. Galliéni, de son côté, destitue rapidement la Reine qui doit quitter le Rova dans la nuit du 27 au 28 février 1897 pour La Réunion. Elle meurt en exil, à Alger, en 1917. Après l'occupation, la place d'Andohalo, longtemps lieux des fastes royaux, prend le nom de Jean Laborde et devient un square arboré. C'est la fin d'une époque.

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