Situation économique et juridique : Les indicateurs confirment un réel démarrage économique.
Les réformes en cours
- Nouveau code douanier mis en application en 2008 avec le dispositif Gasynet, permet une gestion moderne du flux de marchandises au niveau des ports et de l’aéroport international. Les recettes douanières ont triplé en trois ans
- Nouvelle loi sur l’investissement a été adoptée par le parlement mais attend son décret d’application depuis janvier 2008. Le texte prévoit une uniformisation des avantages concédés aux investisseurs, étrangers ou nationaux, et surtout, l’accès à la propriété commerciale pour les investisseurs étrangers qui sont actuellement contraints au bail emphytéotique
- Nouvelle loi sur les exportations : fait l’objet d’un débat entre les milieux d’affaires et le Gouvernement. Le texte proposait une suppression progressive du statut d’entreprise franche qui a provoqué l’inquiétude parmi les opérateurs concernés. La mesure est différée de 2 ans.
Situation économique
Le solde des comptes courants reste structurellement négatif avec un déficit de 14,5% du PIB en 2007 (hors dons), attendu à 23,8% en 2008. Toutefois, son financement est plus vertueux que les années précédentes grâce à un net accroissement de l’investissement direct étranger (IDE) depuis 2005. En accompagnement de l’IDE, le bond des importations (+38,4%) en 2007 a creusé le déficit commercial à -787 M€ (hors services) et ce, malgré une progression de 14,6% des exportations. D’autre part, l’afflux de capitaux liés aux projets miniers - plus de 4Md$ d’investissements cumulés sur la période 2005-2009 dont 1 Md$ de flux entrant en 2007 - entraîne un déséquilibre d’environ 50 M$/mois sur le marché interbancaire des devises, dont le volume quotidien est habituellement compris entre 5 et 10 M€. Les tensions qui pèsent ainsi sur la monnaie locale ont conduit à un renforcement tendanciel de l’Ariary face à l’Euro et dans une moindre mesure à l’USD, et rendu difficile la stabilisation du taux de change par la Banque Centrale. Enfin, le pari d’une inflation maintenue sous la barre des 10% ne devrait pas être tenu en 2008 (après 8,2% en 2007) : les dernières estimations font état de 10,8% en glissement annuel à fin septembre 2008.
Situation juridique
Sur le terrain fiscal, la mise en place d’une véritable réforme constitue un enjeu majeur pour réduire le déficit budgétaire. Dans le contexte d’un taux de pression fiscale de 10,7% - parmi les plus bas du monde - la nouvelle Direction Générale des Impôts a profité de la nouvelle loi de finances 2008 pour réorganiser ses services et procéder à des contrôles et redressements sans précédent. Le déficit public a été de -7,1% en 2007 (-4,7% avec les dons) et est attendu à hauteur de -9,2% en 2008. La dette externe représentait 23,4% du PIB en 2007 et devrait être du même ordre en 2008. Les dépenses publiques courantes en représentaient 11% ; les dernières estimations du FMI font état de 11,3% pour 2008. Commerce extérieur Les exportations restent tournées vers l’UE et la part de l’Asie progresse rapidement dans les importations.
Commerce extérieur
L’analyse des composantes du commerce extérieur malgache confirme le décollage : le commerce extérieur de Madagascar (export + import) enregistre une progression record de 29,6% à 2,6 Mds€. Les locomotives ont été les zones franches (textile, crevette/poisson) et les équipements destinées aux deux grands projets miniers ; conformément aux prévisions, le déficit s’est creusé à -787 M€. Les premières exportations d’ilménite par QMM sont attendues en 2008, auxquelles devraient s’ajouter en 2010 le nickel-cobalt de Sherritt, et devraient entraîner un bond des exportations. D’autre part, il faudra encore patienter pour observer les résultats des efforts déployés pour faire émerger un tissu industriel capable de rivaliser avec les autres pays exportateurs : (i) ouverture d’un nouveau port en eaux profondes à Fort-Dauphin dans le Sud, une infrastructure rare dans la région, (ii) modernisation du port de Tamatave et de l’ensemble des procédures douanières, (iii) première liaison Internet par câble sous-marin attendue en mai-juin 2009, (iv) projets en cours en vue d’exploiter de vastes gisements de bauxite, fer, charbon, (v) premiers résultats de la prospection pétrolière confirmant la présence de brut à l’intérieur des terres avec la reprise d’une licence d’exploration par Total.
Madagascar n’apparaît pas clairement inséré dans l’un des marchés régionaux (COI, COMESA, SADC). Le pays réalise à peine 10% de son commerce avec l’Afrique et l’Océan Indien, et reste structurellement tourné vers l’Union Européenne, la France demeure de très loin le premier client de Madagascar, absorbant 47% des exportations malgaches en 2007 – et la Réunion 2,8% - avec une légère augmentation au cours des dix dernières années. Les autres pays clients de Madagascar sont par ordre décroissant : Etats-Unis (23,4%), Allemagne (6,8%), Italie (4,5%), Royaume-Uni (4,2%), Espagne (3%), Chine (2,7%). Concernant les importations malgaches, les principales progressions sont enregistrées par l’Asie de l’Est - Chine et Japon cumulent désormais 14,9% des importations malgaches (12,7% en 2006) - Inde et Pakistan à 6,4% (4,5% en 2006). Le Bahreïn reste le premier pays fournisseur grâce à l’essence et au gas-oil, qui représentent 21,9% des importations.
IDE
Après un premier triplement en 2006, le flux d’IDE entrant à Madagascar a triplé à nouveau en 2007 pour atteindre 13,6% du PIB, une performance presque exclusivement imputable aux activités extractives, devenues le principal moteur de la croissance. En deux années, Madagascar s’est hissé au 10ème rang des pays récipiendaires de l’IDE sur le continent africain, et au 4ème rang pour la partie sub-saharienne. Ces performances ne doivent pas masquer la faiblesse du stock qui rappelle l’amplitude du retard à combler pour se repositionner dans le jeu mondial. Le pays figure encore très loin au classement avec 0,46% du stock de l’Afrique, sachant que ce continent abrite seulement 2,6% du stock mondial. L’analyse qualitative du flux soulève plusieurs interrogations liées à une baisse du flux d’IDE hors secteur minier, et à l’absence de grands groupes transnationaux dans certaines infrastructures (énergie, eau, santé). Les perspectives à moyen terme restent positives du fait de la mise en route de plusieurs autres projets miniers qui devraient continuer à tirer la croissance, mais dépendront aussi de l’impact qu’aura la crise financière internationale.
France - Madagascar
L’analyse du commerce bilatéral franco-malgache démontre la place particulière occupée par la France qui absorbe 47% des exportations de Madagascar et fournit près de 15% de ses importations. Ces résultats sont largement imputables à la forte présence française sur place – 25 000 ressortissants au dernier recensement et plus de 650 entreprises - et ont permis de diversifier les échanges à des secteurs variés. L’autre effet remarquable qui impacte les échanges de la France est la montée en puissance de l’Asie dans le commerce extérieur, en ligne avec la tendance mondiale, entretenue par un renforcement de l’IDE en provenance de cette région. Les exportations restent fortement tournées vers l’Union Européenne qui constitue le premier client de Madagascar avec une part d’environ 70%. La France, qui figure traditionnellement parmi les trois principaux investisseurs de Madagascar, a reculé au 6ème rang en 2007 pour le flux, et se classe désormais au second rang pour le stock accumulé, derrière le Canada. La signature du premier grand accord pétrolier du pays entre l’Etat malgache, Total et Madagascar Oil, en septembre 2008, devrait être suivie d’un investissement massif sur 20 ans qui consolidera la place de la France dans le secteur des ressources primaires, dont elle était quasi absente.
Bien que relayée derrière le Canada en terme de stock d’IDE, la France (y compris la Réunion) reste détentrice de l’un des principaux stocks d’investissements et sa présence est de loin la plus diversifiée. On recense plus de 650 entreprises - dont 130 filiales et plus de 500 entreprises privées à capitaux français - et environ 25 000 ressortissants y compris les franco malgaches, ce qui en fait l’une des plus importantes communautés françaises à l’étranger. Les activités de cette communauté ne sont que très partiellement comptabilisées dans les statistiques de l’IDE. En termes de flux, Madagascar occupe actuellement le 55ème rang des pays destinataires d’IDE en provenance de France ; le stock détenu se classe en 93ème position, juste derrière la Syrie. Les intérêts français et réunionnais sont principalement dans les activités financières (Crédit Agricole-BNI, BFV-Société Générale, BNP-Paribas avec BMOI), distribution de produits pétroliers et énergie (Total, LP, Air Liquide, Rubisgaz/Vitogaz), BTP et immobilier (Colas, Sogea/Vinci, Guy Hoquet, Getim), transports et tourisme (Air France, Corsair/Nouvelles Frontières enregistrée comme filiale française malgré son actionnariat allemand, Accor avec un investisseur local, Caillé/Sicam, CMA-CGM, AGS, présence de nombreux particuliers ayant investi dans un hôtel ou un restaurant), ingénierie et études (Socotec, Sofreco, Sogreah, Brl), grande distribution (Casino, Weldom/Ravate). Pour sa part, Madagascar détient en France un stock d’IDE, estimé à 14 M€, au 99ème rang, à égalité avec la Thaïlande.

